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Orientation : Une journée à la fac !

Avant-propos :

Après le Bac, de nombreuses possibilités s’offrent aux élèves pour poursuivre leurs études dans le supérieur : université, CPGE (classe prépa), IUT, BTS, écoles spécialisées… Les nouveaux bacheliers de la voie générale s’orientent pour plus de la moitié d’entre eux vers l’université. Or, parmi les inscrits en première année de licence, un étudiant sur cinq arrête ses études ou envisage une réorientation (BTS, IUT, autres) à la fin de l’année. Un pourcentage similaire redoublera avant de passer en deuxième année. (Source : Quéré, Michel. Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche. DEPP, 2011, p199 et p207)

Réussir à l’université nécessite de prendre conscience des conditions d’étude particulières de ces formations. Devenir étudiant, c’est faire preuve d’autonomie et de rigueur. Le travail personnel attendu à la faculté est bien supérieur à celui du lycée. Pour optimiser la réussite des élèves du Lycée Simone Weil (Paris), un partenariat avec les universités Sorbonne et Diderot, mis en place par la documentaliste, a permis aux élèves de 1ère ES/L de se glisser dans la peau d’un étudiant le temps d’une journée. Au programme : cours magistral d’histoire moderne ou de géographie culturelle en amphithéâtre et visite d’une bibliothèque universitaire.

 

Objectifs éducatifs :

  • Confronter les représentations des élèves avec la réalité des conditions d’étude à l’université
  • Permettre une orientation éclairée des élèves dans l’enseignement supérieur et ainsi favoriser leur réussite

 

Instructions officielles : Le projet « Une journée à la fac » s’inscrit dans :

  • le dispositif national du PDMF (parcours de découverte des métiers et des formations) mettant en place une orientation active de la 5e à la terminale et prévoyant qu’en classe de première « chaque lycéen passe une journée dans une université ».
  • le projet académique parisien :  « Favoriser la continuité et la réussite des parcours scolaires jusqu’à l’enseignement supérieur ».

 

Modalités :

  • niveau : 1ère générale ES / L
  • effectif : demi-groupe (13 élèves) + 2 accompagnateurs (documentaliste, surveillant)
  • déroulement : cours magistral en amphithéâtre (1h ou 1h30), suivi ou précédé d’une visite de la BU (45 min)
  • partenaires : UFR de géographie et bibliothèque universitaire de Clignancourt  de l’Université Paris IV Sorbonne, UFR d’histoire et bibliothèque universitaire Centrale de l’Université Paris VII Diderot

 

Impressions des élèves :

Des témoignages recueillis à la suite de cette expérience, il ressort que les élèves ont été marqués par :

  • la taille de l’amphithéâtre: « Un cours en faculté se passe dans un amphithéâtre avec beaucoup d’élèves. Le prof parle dans un micro. Il y a même des écrans dans la salle afin que les étudiants voient les documents projetés. » « Nous sommes plus d’une centaine dans un amphi, donc il faut être attentif ».
  • l’autonomie et la liberté des étudiants : « Chaque étudiant est autonome, que ce soit dans son comportement comme dans son travail ». « Du moment que les élèves ne gênent pas le bon déroulement du cours, ils peuvent faire ce qu’ils veulent (discuter, ne pas prendre de note, manger…). » « Le professeur ne prête pas attention aux élèves et s’ils le veulent, ils peuvent sécher le cours. » « Le professeur ne fait aucune discipline. »
  • le peu d’interaction professeur/étudiants durant le cours : « Les cours se passent dans un calme complet : le professeur fait son cours et les élèves notent ce qui leur est important. Aucune question n’est posée par les élèves. »
  • les difficultés de la prise de note:  » Il faut être très attentif  car le professeur parle tout le temps et écrit peu au tableau. C’est un cours très difficile à suivre! » « Le cours se déroule rapidement, ce qui rend la prise de note difficile. » « Le professeur ne marque rien au tableau et ne dicte pas, mais les étudiants doivent prendre des notes ».
  • le caractère très conceptuel des cours: « Je n’ai pas bien compris le cours car il était très rapide et ne ressemblait pas aux cours de géographie habituels. »
  • l’utilisation des ordinateurs personnels : « Les étudiants travaillent sur leurs ordinateurs portables. » « Les ordinateurs portables sont autorisés. »
  • la taille et la diversité des ressources de la Bibliothèque Universitaire : « En comparaison avec le CDI, la bibliothèque est impressionnante par sa taille et son contenu. » « La bibliothèque de l’université est très grande et elle possède beaucoup de livres, de magazines et d’ordinateurs. Cela est intéressant à voir car c’est impressionnant d’apercevoir une bibliothèque aussi grande avec autant de choses importantes pour les étudiants ». « La bibliothèque est très grande. Il y a des encyclopédies, des livres en anglais, des cartes de géographie… Le CDI du lycée est plus petit et il y a moins d’informations, alors qu’à la bibliothèque de l’université, tout y est ».
  • les ressources numériques et le matériel informatique à disposition des étudiants dans les BU : « La bibliothèque universitaire possède des avantages concernant le numérique (livres en ligne et prêt d’ordinateurs) ».

 

Les élèves ont apprécié cette expérience enrichissante car révélatrice de ce qui attend les futurs étudiants d’université. Certains ont d’ailleurs revu l’idée qu’ils se faisaient de la faculté.

  • « C’est une expérience bénéfique : elle nous a permis de nous projeter dans le futur et de nous rendre compte qu’il faut être assez autonome et mature pour être à la fac ».
  • « J’ai compris que la fac demandait plus de sérieux que je ne le croyais ».
  • « L’autonomie et le travail personnel sont primordiaux. La quantité de travail est énorme. »
  • « Il faut être autonome pour suivre les cours, et à la bibliothèque aussi. Cette expérience est utile pour avoir un aperçu de la fac ».
  • « Il faut s’accrocher car il faut être très autonome, sérieux et attentif ».
  • « C’est une expérience positive qui m’a fait comprendre la nécessité de savoir m’organiser quand j’y serai ».
  • « Le fait d’être indépendant est très attirant. Malgré tout, je pense que si l’on n’est pas motivé, il ne sert à rien d’aller en faculté ».
  • « Les cours sont libres, on prend des notes. C’est facile de décrocher, ce qui n’est pas bien ».
  • « Pendant les cours en université, le professeur fait son cours sans se soucier des élèves qui font ce que bon leur semble. Pour moi qui ai besoin d’un certain encadrement, je sais que la faculté n’est pas un endroit qui me convient ».

 

Retour critique et bilan d’expérience :

  1. L’autonomie, comme axe structurant

L’ensemble du projet est structuré autour de la prise de conscience de l’autonomie des étudiants. Ainsi, lors des cours, les élèves ont été laissés libres : ils se sont placés où ils le souhaitaient (donc, au fin fond de l’amphithéâtre, comme vous pouvez vous en douter), se sont organisés (ou pas) pour prendre des notes, certains se sont même endormis ! Résultat lors du mini feed-back suivant le cours : les élèves réalisent qu’il est extrêmement aisé de « décrocher », d’autant plus que personne ne les rappelle à l’ordre. Une grande rigueur est nécessaire, elle ne dépend que de l’étudiant qui se l’impose seul. Un véritable intérêt pour la matière (et donc un choix de filière qui ne peut se faire à la légère) est indispensable pour s’assurer de sa motivation et du bon suivi du cours. Les élèves semblent donc avoir compris les exigences qu’une poursuite d’études en université impose : ils en ont pris concrètement la pleine mesure.

La visite de la Bibliothèque Universitaire s’insère également dans cet objectif d’autonomisation des futurs étudiants. Les élèves du lycée fréquentent assez peu le CDI et nombre d’entre eux ne voyaient pas l’intérêt de cette visite. La découverte de la BU s’est organisée autour du travail individuel en autonomie (bibliographies à étudier, exposés à préparer, partiels à réviser, ressources à distance…). Le but était de faire prendre conscience aux élèves que certes en licence, les étudiants ont 12h de cours, mais le double de temps est nécessaire pour mener à bien le travail personnel indispensable pour réussir à l’université, et que la BU en était le lieu privilégié (atmosphère de travail, ressources, accompagnement personnalisé). Finalement, le message est tellement bien passé que certains élèves envisagent d’y venir travailler dans le cadre de leurs révisions pour le bac !

 

  1. Un projet à développer

Le bilan du projet étant positif, il serait pertinent de l’étendre à l’ensemble des classes de premières du lycée. Pour cela il faudrait mettre en place un véritable partenariat (il s’agissait plutôt, ici, d’une collaboration ponctuelle,  je l’avoue…).  De plus, et pour répondre à la demande formulée par les élèves eux-mêmes, une plus grande variété de choix dans les disciplines à suivre permettrait aux élèves de confronter véritablement leurs attentes personnelles avec la réalité de terrain. Un cours d’économie au lycée ne ressemble en rien à un cours d’économie à la fac (notamment en terme de niveau de conceptualisation). Ce n’est donc pas parce qu’on aime et qu’on est doué en une matière au lycée, qu’il en sera de même à l’université, et vice-versa.

Le schéma actuel est également à étoffer pour en faire un projet sur le long terme. Les difficultés rencontrées par les élèves sur la prise de note laissent à penser qu’une séance méthodologique sur cette activité est indispensable en amont. Une fois, le cours suivi, une nouvelle séance permettrait de revenir sur les difficultés ressenties pour y trouver des solutions au cas par cas. L’exercice de prise de note devra également être encouragé tout le long de l’année. Le projet actuel pourrait également s’enrichir d’une rencontre avec des étudiants et des professeurs d’université. En effet, les questions soulevées par les élèves à la suite de la sortie sont nombreuses et très concrètes : quels types de travail personnel est demandé ? comment organise-t-on sa semaine ? comment fonctionne le rattrapage ? peut-on s’inscrire dans plusieurs BU ? etc. La possibilité de suivre pour les élèves volontaires un TD pourrait être envisagée. Enfin, pour habituer les élèves à fréquenter la Bibliothèque Universitaire et accompagner leur apprentissage des ressources proposées, il pourrait être pertinent d’organiser une ou deux séances de recherche documentaire à la BU dans le cadre des TPE (dont le premier objectif déclaré était de préparer les élèves à l’université !).

 

  1. Des obstacles à la réalisation

Bien que les directives officielles encouragent les liaisons secondaires – supérieur, la mise en place d’un tel projet ne s’est pas faite aisément. Ainsi, souriante et candide, je suis partie au salon de l’étudiant, fiche-projet et instructions officielles sous le bras, certaine de pouvoir convaincre les universités d’un futur partenariat. Sans succès. Il faut dire qu’il n’y a pas assez d’amphis pour accueillir sur les bancs des facultés parisiennes tous les élèves franciliens de premières (déjà qu’il n’y en a pas suffisamment pour les étudiants eux-mêmes…). Du coup, j’ai honte, mais j’ai eu recours au piston. Le plus dur, c’est de trouver un cours ; pour les BU c’est plus facile, idéal commun de médiation oblige ! Et finalement, il s’avère que les professeurs sont plutôt enthousiastes et que c’est au niveau de l’administration de l’UFR que ça coince plus. Donc un conseil si vous n’avez pas d’ami thésard ou maître de conférence : faites le pied de grue à l’université et sauter (avec votre plus beau sourire) sur le premier prof venu, mais ne passez pas par l’intermédiaire du secrétariat d’UFR, vous perdrez votre temps.

Autre difficulté : fixer une date qui convienne à tout le monde. Dans le cas du lycée, ce sont les épreuves du bac qui forment la principale contrainte. A la fac, c’est le taux d’occupation des bancs de l’amphi qui dicte ses règles. Il faut donc attendre le deuxième semestre, moins fourni, et le retour des vacances qui clairsème les amphis. Mars, c’est l’idéal.

 

A lire : Pour compléter ce billet, lisez comment la bibliothécaire de Clignancourt (Cécile Arènes) a organisé la visite de la BU pour les lycéens.

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  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. mars 14, 2013 à 23:05
  2. mai 30, 2016 à 17:18

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